Voyage

Croisière fluviale en France : découvrez des vignobles magnifiques et une industrie viticole en pleine évolution

Une vague de chaleur intense frappe l’Europe à la fin juin

À la fin du mois de juin, une canicule sévère s’abat sur une grande partie de l’Europe. Sur le quai des Chartrons, à Bordeaux, l’atmosphère est lourde et immobile, coupée d’une chaleur étouffante. Ce climat extrême rappelle la pression croissante du changement climatique qui pèse sur cette région française, dont l’identité est profondément liée à son terroir, aux rythmes changeants des saisons, et à des siècles de tradition viticole.

Depuis ces quais où, au XVIIIe siècle, des marchands expédiaient des tonneaux de chêne à travers le monde, je monte à bord du MS Cyrano de Bergerac de CroisiEurope, un navire disposant de 86 cabines, pour une croisière fluviale centrée sur le vin. Naviguer sur la Garonne et la Gironde me permettra de parcourir le vaste paysage viticole, entre prestigieux châteaux et petites propriétés familiales.

Une route à travers les terres du vin, comme un rêve pour un sommelier

L’itinéraire de cette croisière ressemble à une vision pour un amateur de vins fin, suivant un tracé à travers les sols caillouteux du Médoc, les coteaux fruités de la Côte de Blaye, et les domaines de Sauternes, célèbre pour ses vins liquoreux. Le voyage inclut également la Route des Châteaux, une étape panoramique au cœur du Grand Cru, où d’imposantes façades émergeant des vignes évoquent tantôt l’Orient, tantôt évoquent la grandeur des architectures monumentales, notamment les pagodes de Château Cos d’Estournel.

Historiquement, ces terres ont accueilli la richesse de grandes propriétés viticoles, mais la réalité d’aujourd’hui est bien plus complexe. En plus des effets du changement climatique, la filière viticole française doit faire face à une incertitude du marché. Comme le rapporte le journal Le Monde au début de l’année, la consommation mondiale de vin a chuté de près de 17 % en deux décennies, en partie parce que les jeunes consomment moins de vin qu’auparavant.

Une tradition viticole en pleine mutation dans cette région

En naviguant dans cette région, il devient évident que cette longue tradition de vinification se réinvente. Beaucoup de producteurs misent désormais sur le tourisme viticole, ouvrant leurs caves au public non seulement pour vendre, mais aussi pour partager leur passion à travers des dégustations, des visites de domaines, et des échanges authentiques. « Les visiteurs apprécient vraiment de rencontrer les producteurs, d’observer notre savoir-faire, et de goûter avec nous », explique Brigitte Bourgade, guide chez CroisiEurope.

Une perspective locale et intime sur le patrimoine viticole

Issue d’une famille de vignerons sur le plateau calcaire de Barsac, renommé pour ses vins liquoreux dorés, Bourgade apporte une vision d’initiée à ce rôle. La voyageuse moderne n’est plus uniquement motivée par la quête de bouteilles rares, mais plutôt par la recherche d’une histoire authentique derrière chaque dégustation, ajoute-t-elle.

Les domaines pionniers qui ont anticipé ces tendances

Certains domaines avant-gardistes avaient déjà compris cette nouvelle demande. À Moulis-en-Médoc, par exemple, Château Maucaillou est géré par la famille Dourthe depuis 1929.

Ce vignoble historique a ouvert en 1987 le premier musée du vin de Bordeaux. Les expositions présentent des pressoirs en chêne, des taste-vins en argent, des outils en cuivre vieux de plusieurs siècles et des étiquettes lithographiées anciennes, offrant un regard fascinant sur le savoir-faire historique.

Ce musée mène ensuite à la fraîcheur mystérieuse de la cave à barriques, où Yvan Bureau, responsable du tourisme viticole chez Maucaillou, pense à l’évolution du secteur. « Le temps change », dit-il, remarquant que les microbrasseries gagnent du terrain même en Bordeaux, car la jeunesse préfère aujourd’hui des boissons plus légères, avec moins d’alcool. « Les brasseurs artisanaux entrent dans notre territoire pour concurrencer nos rouges », constate-t-il.

Mais dans mon verre, la tradition reste forte. Avec ses notes profondes de cassis et sa structure tannique, le Grand Vin de Maucaillou demeure un exemple classique du terroir de Moulis.

Tout au long de la croisière, qui relie différentes appellations, chaque escale est l’occasion de visites privées de caves et d’échanges sincères avec les familles de vignerons.

Saint-Émilion, pionnier du tourisme viticole

À Saint-Émilion, perché sur les hauteurs riches en minéraux de la Dordogne à l’est de Bordeaux, la région a également été en avance sur son temps. Avec ses vignobles classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, cette cité médiévale a dès les années 1980 encouragé le tourisme viticole organisé pour diversifier son économie.

Ce qui a changé depuis, c’est que même les grands châteaux, longtemps considérés comme protégés par leur renommée, ont rejoint cette nouvelle dynamique. Des domaines jadis interdits au public ont été transformés en destinations immersives, où l’on peut découvrir les vins dans un cadre vivant. Château Angélus, par exemple, dont les bouteilles ont figuré dans des films comme « Mourir peut attendre » (2021), accueille aujourd’hui des visiteurs, expérience qui était autrefois réservée à une élite.

Notre groupe de touristes canadiens est chaleureusement reçu par Hubert de Boüard, co-propriétaire du domaine, alors que la cloche de l’église voisine sonne ses premières notes, jouant « O Canada » en hommage. Ce geste symbolise à la fois l’héritage et l’hospitalité sincère du domaine. La famille de Boüard a choisi de programmer ses cloches pour jouer des hymnes personnalisés en l’honneur des visiteurs du monde entier.

« Nous recevons nos invités uniquement sur rendez-vous, sinon nous serions submergés chaque semaine », explique Hubert de Boüard, un œnologue de renom, lors de la visite des caves souterraines inspirées par une cathédrale, conçues par l’architecte Olivier Chadebost. Dans cet espace impressionnant, où des cuves sont suspendues au plafond, tout est prêt pour la vinification et la dégustation.

Le vin d’Angélus, en bouche, évoque toute l’élégance de Saint-Émilion. La composition de ce vin mêle principalement le Cabernet Franc et le Merlot, avec des tannins soyeux, des notes de prune vibrantes, et une complexité terreuse persistante. Un vin aussi mémorable que l’accueil musical qui nous a été réservé.

Les rencontres humaines, au cœur du voyage

Tout au long de cette croisière, à mesure que les paysages défilent, ce sont ces rencontres authentiques qui deviennent le véritable cœur de cette expérience. Mais une entrevue me reste particulièrement gravée en mémoire.

C’est lors d’une dégustation chez Château Simon, où leurs vins exquis rehaussent la gastronomie du Sud-Ouest français. Entre vins blancs secs et minéraux de Graves, parfaitement en accord avec des fromages régionaux, et Sauternes, doux et mielé, parfait pour accompagner le confit de canard, j’éprouve une sensation profondément authentique : mettre un visage sur une étiquette.

Plus tard, descendus du bateau, nous parcourons les vignobles familiaux de Barsac, dégustant directement à la source. Ces moments restent gravés, car ils donnent un sens profond à l’attachement à ce patrimoine, au-delà de la dégustation.

Anne-Laure Dufour-Bonnard, en compagnie de sa sœur Pauline, dirige Château Simon avec le mariage rigoureux de la science viticole et du caractère de sols poreux en calcaire, enrobés par la brume fluviale. Peu importe les vents économiques ou climatiques à venir, pour elle, abandonner n’est pas une option.

« Ma famille est ici depuis six générations », explique-t-elle, « et mon fils de 15 ans veut suivre nos pas. C’est cela qui nous motive à continuer. »

Une passion profondément enracinée

Dans chaque vignoble que j’ai visité lors de cette traversée, j’ai ressenti cette même passion, cette fidélité ancrée dans le terroir. Lorsqu’il est temps de quitter le bateau, c’est cette ferveur qui reste en moi, plus que les paysages grandioses ou les grands crus dégustés en chemin.

Malik Cocherel a voyagé en tant qu’invité de CroisiEurope, qui n’a pas examiné ni approuvé cet article.

Laurence Gauthier

Laurence Gauthier

Je m'appelle Laurence Gauthier, rédactrice au sein de Montréal Express. Curieuse du monde qui m'entoure, j’écris sur les enjeux sociaux, l’environnement et la vie citoyenne au Canada. Mon objectif : offrir une information accessible, engagée et ancrée dans le réel.