Il y a neuf ans, l’industrie de la bière artisanale semblait un verre de mousse débordant aux yeux de Kate Walker
Il y a près d’une décennie, Kate Walker envisagerait à peine l’idée de lancer une nouvelle brasserie artisanale. Pourtant, aujourd’hui, cette industrie semble en pleine effervescence, à la limite d’un excès, mais pas pour Walker, qui connaît une autre réalité. La propriétaire de Nelson Brewing Company, qui a acheté cette brasserie en avril 2016 alors que le marché de la bière artisanale connaît une croissance rapide en Colombie-Britannique, a depuis rénové l’établissement, modernisé l’infrastructure – notamment avec une nouvelle machine de mise en canette – et instauré une culture d’entreprise saine, qui lui a valu deux prix nationaux en 2023.
Une douloureuse prise de conscience : elle ne lancerait plus une brasserie aujourd’hui
Pourtant, si elle devait repartir de zéro en 2025, Walker affirme fermement qu’elle ne le ferait pas. Il n’y a absolument aucune chance que je envisage aujourd’hui d’ouvrir une brasserie artisanale, étant donné la situation actuelle. Je ne pense tout simplement pas que cela ait du sens
, déclare-t-elle. Elle et d’autres brasseurs artisanaux de la région appellent d’ailleurs le gouvernement à réviser un système qu’ils jugent injuste, car favorisant les entreprises étrangères au détriment des acteurs locaux.
Une croissance spectaculaire… mais des fermetures également
En 2010, la Colombie-Britannique comptait seulement 54 brasseries. En 2025, ce chiffre aurait atteint 230 brasseries et 30 brewpubs. Cependant, malgré cette croissance impressionnante, la Guild of British Columbia Craft Brewers, qui représente 219 membres, indique qu’entre autres, plus de 20 brasseries ont fermé cette année. Cette situation soulève des questions concernant la pérennité de la branche artisanale locale.
Une fiscalité défavorable aux producteurs locaux
Les brasseries en Colombie-Britannique sont taxées selon leur volume de production annuel, exprimé en hectolitres. Mais, dans le cas des sociétés commerciales étrangères, une taxe forfaitaire est appliquée à toute production excédant 350 000 hectolitres. Selon la guild, cette disparité permet à ces grandes entreprises étrangères de bénéficier d’environ 9 millions de dollars en remboursements d’impôts chaque année.
Les efforts de réforme fiscale de la province
En 2015, le gouvernement provincial a introduit une série de réformes fiscales visant à encourager la croissance locale, en instaurant des catégories de taux de marge en fonction du volume de production. Par exemple, une microbrasserie qui produit jusqu’à 15 000 hectolitres paie 0,40 dollar par litre, tandis que celles produisant entre 15 001 et 350 000 hectolitres sont imposées entre 0,41 et 0,99 dollar par litre.
Le défi pour les petits producteurs
Malgré ces modifications, Walker affirme que la structure actuelle rend difficile la compétition pour les petites brasseries. La Nelson Brewing Company, par exemple, projette de produire 6 500 hectolitres cette année, mais doit payer une taxe identique à celle de ses concurrents qui produisent plus de deux fois cette quantité. La disparité est d’autant plus problématique que le coût des matières premières, de l’emballage et de la main-d’œuvre a augmenté de façon exponentielle ces cinq dernières années. Selon la guild, les dépenses ont grimpé d’environ 30 % depuis 2020. La brasserie doit donc jongler entre la hausse constante de ses coûts et la nécessité de préserver la qualité de ses produits, tout en tentant de se développer.
Une pression sur la rentabilité
« Nous faisons de gros efforts pour ne pas augmenter nos prix et ainsi exclure nos clients du marché ou rendre nos bières artisanales inaccessibles », explique Walker. « En même temps, nous faisons face à une compression de nos marges, car nos coûts augmentent significativement, mais nous hésitons à répercuter ces hausses sur le consommateur. »
Une baisse de la consommation de bière
Les marges générées par la vente d’alcool ont contribué pour plus d’un milliard de dollars aux recettes du gouvernement en 2023-2024. Toutefois, la consommation de bière baisse, et ce, depuis plusieurs années. Selon la B.C. Liquor Distribution Branch, la vente de bière à l’unité a chuté de 5,3 % entre 2022 et 2024, alors que celle des spiritueux, notamment les produits à faible ou sans alcool, connaît une croissance.
Une volonté de réforme du gouvernement
Dans une déclaration transmise au Nelson Star, la ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Lana Popham, a reconnu la nécessité de réformer le système fiscal pour soutenir le secteur de la bière artisanale. La ministre indique que la révision de la politique de taxation a été entamée en 2024, mais qu’elle a été suspendue temporairement en raison des nouveaux droits imposés par les États-Unis. La ministre a assuré que cette revue serait reprise prochainement.
Les défis actuels du secteur
« La période que traverse notre secteur est particulièrement difficile, notamment à cause de problèmes dans la chaîne d’approvisionnement liés aux droits de douane américains, de la concurrence accrue, de la hausse des coûts, et d’une tendance à la baisse dans la consommation », reconnaît Popham. Elle précise également que le gouvernement surveille attentivement la structure de taxation pour qu’elle reflète mieux la réalité économique actuelle. La ministre a promis que le secteur bénéficierait d’un soutien continu pour assurer sa pérennité à long terme.
Une perspective d’allégement fiscal
Walker affirme que si la réforme fiscale permettait d’établir un système neutre en termes de revenus, la Nelson Brewing Company économiserait environ 70 % de ses taxes actuelles. Selon elle, ces économies pourraient être réinvesties dans la croissance de l’entreprise et dans la communauté locale.
Une nécessité d’embaucher plus pour soutenir la croissance
« Cela nous permettrait de recruter davantage de personnel afin de suivre le rythme de notre développement et d’atteindre notre plein potentiel », conclut-elle. La possibilité de bénéficier d’un système fiscal plus équitable apparaît donc comme une étape essentielle pour l’avenir de Nelson Brewing Company et du secteur brassicole artisanal en Colombie-Britannique.





