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Café, conversations et convivialité : un hospice à Toronto où la vie est la priorité

Une ambiance chaleureuse dans un hospice pour personnes en fin de vie sans-abri

Patrick McConkey se déplace dans la cuisine, met en marche la cafetière et propose de préparer du thé. La lumière du soleil pénètre par une rosace adossée à la cuisine, baignant l’espace de rayons chaleureux. L’atmosphère ici est à la fois conviviale et accueillante, évoquant davantage un chez-soi qu’un lieu médicalisé. Et dans cette structure dédiée aux soins en fin de vie pour les sans-abri, c’est justement cette intention qui primée.

Chaque semaine, McConkey, qui a pris sa retraite il y a dix ans après avoir travaillé chez IBM, vole au secours en tant que bénévole en tant que compagnon au sein de l’hospice. Son rôle est simple mais profondément essentiel : être présent aux côtés des patients durant leurs derniers jours. Cela fait deux ans qu’il s’engage à cette tâche.

Une résidente entre dans la cuisine depuis sa chambre et s’installe, observant le soleil qui inonde le solarium. McConkey lui demande si elle préfère un thé ou un café. Elle choisit un café, que McConkey lui amène, lui laissant la liberté d’ajouter son propre lait et sa sucre.

L’hospice Journey Home est un programme de la Fondation Saint Elizabeth, une organisation caritative nationale qui soutient les soins de fin de vie pour les personnes vulnérables à travers le Canada. Organisé par la société Homes First, une association basée à Toronto qui offre un logement abordable, cet hospice se trouve dans le quartier Moss Park de la ville et dispose de 13 lits.

Chacun des patients dispose de sa propre chambre, équipée notamment d’un réfrigérateur personnel. Des espaces communs, tels qu’un solarium, une terrasse sur le toit ou encore des zones dédiées à la thérapie par l’art, sont également accessibles. Trois repas par jour sont préparés sur place par des bénévoles (ou par des auxiliaires de soutien personnel lorsque les bénévoles ne sont pas disponibles), et une petite voiture de snacks est à la disposition des patients à tout moment. Les visites — amis et famille — y sont également encouragées.

Une famille de cœur pour les personnes en fin de vie

« Beaucoup de personnes vivant dans la rue peuvent se sentir isolées ou seules, et la seule famille qu’elles connaissent parfois est leur « famille de rue » », explique Nancy Lefebre, vice-présidente senior et directrice opérationnelle de l’hospice Journey Home. « Nos bénévoles deviennent une partie de leur « famille retrouvée » et constituent le cœur de notre établissement », précise-t-elle.

Pour faire fonctionner un hospice ouvert 24 heures sur 24, Journey Home dépend fortement des bénévoles dans trois rôles principaux : accueillir les visiteurs, accompagner les résidents, et aider à la préparation des repas et à la pâtisserie. « Des choses simples comme l’odeur du pain fraîchement cuit contribuent à créer une atmosphère beaucoup plus chaleureuse, proche d’un environnement familial », ajoute Lefebre.

Le rôle des bénévoles, une présence précieuse auprès des patients

En tant que compagnons, les bénévoles interagissent avec les personnes accueillies de diverses manières — que ce soit en regardant la télévision, en écoutant de la musique, en lisant, en participant à des séances de thérapie par l’art, ou même en faisant une promenade si le patient est en état de le faire. Ils sont également présents lors des derniers instants, apportant leur soutien jusqu’à ce que la personne décède.

Un engagement personnel et chargé d’émotion

McConkey se remémore son premier souvenir en compagnie d’un patient décédé. « Elle avait une maîtrise en sciences. Elle venait d’un autre pays et était venue ici pour tenter sa chance », raconte-t-il. « Je me souviens combien cela m’avait touché, car je l’avais vraiment connue. »

Les bénévoles occupant le rôle de compagnons consacrent environ 460 heures par mois, ce qui représente plus de 5 500 heures par an en tout.

Actuellement, l’hospice compte une soixantaine de bénévoles dévoués. « En moyenne, nous avons besoin d’environ 150 bénévoles, c’est pourquoi nous cherchons constamment de nouvelles personnes à intégrer », confie Lefebre. Elle souligne que les bénévoles prennent parfois des congés ou tombent malades, et qu’il est nécessaire d’avoir un grand nombre de personnes disponibles pour assurer la continuité des services 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Un autre résident rejoint le petit groupe dans la cuisine. Ensuite, il effectue des tours en fauteuil roulant dans le couloir, et McConkey marche à ses côtés, l’encourageant en lui affirmant que ces efforts l’aideront à maintenir sa vitalité.

« Je ne suis pas très bavard », confie-t-il.

Plus tard, il demande une pause cigarette, et un bénévole l’accompagne dehors.

Une formation et un soutien constants pour les bénévoles

Pour que les bénévoles soient entièrement préparés à leur rôle, l’hospice Journey Home propose des formations obligatoires ainsi qu’un accompagnement continu. « Nous disposons de nombreux supports et ressources pour nos bénévoles », explique Lefebre. « Tous les services que nous offrons à nos patients sont également disponibles pour soutenir notre personnel et nos bénévoles », précise-t-elle. « Nous organisons régulièrement des réunions pour faire le point. »

« Il y a beaucoup de compassion et un soutien centré sur le bénévolat pour ceux qui donnent de leur temps parce que nous sommes profondément reconnaissants de leur engagement », ajoute-t-elle. Les bénévoles qui remplissent bien leur rôle de compagnons doivent être, entre autres, non jugeants, très ouverts, attentionnés, aimables et patients », souligne Lefebre. Elle indique que toute personne intéressée par le bénévolat peut trouver des informations sur le site, journeyhomehospice.ca.

« Ce n’est pas un endroit très animé ou actif. Les gens y vivent à différents stades de leur parcours de santé », indique enfin Lefebre, « mais il y a ici beaucoup de vie. »

Laurence Gauthier

Laurence Gauthier

Je m'appelle Laurence Gauthier, rédactrice au sein de Montréal Express. Curieuse du monde qui m'entoure, j’écris sur les enjeux sociaux, l’environnement et la vie citoyenne au Canada. Mon objectif : offrir une information accessible, engagée et ancrée dans le réel.