Une halte nostalgique à Fisherman’s Wharf, dans le nord de Rustico
Dans ce lieu emblématique de fruits de mer situé à North Rustico, sur l’Île-du-Prince-Édouard, connu pour ses grands classiques de repas aux homards servis depuis les années 1970, je décide de prendre une assiette blanche encore tiède, extraite de la pile de plats. Je contemple le buffet, où des gelatines colorées tremblotent sous l’éclairage fluorescent, et où des casseroles en inox débordent de deux types de salade de pommes de terre crémeuse. Au bout du buffet de 20 mètres, une vitrine expose de généreux morceaux de tarte à la noix de coco, ainsi que des tartes au citron meringuée.
Je retourne à table avec mes trois compagnons de voyage, nos assiettes chargées de salade de macaroni, de frites croustillantes et de moules à la vapeur. Nous attachons des bavettes en plastique autour du cou tandis que des homards entiers arrivent. Rapidement, du beurre fondu dégouline sur nos doigts, et des morceaux de coquille roulent sur la table. Entre le buffet à volonté, les fontaines de sodas en libre-service et les murs recouverts de panneaux de pin, cet endroit évoque quelque chose de familier, comme un arrêt lors d’un voyage en voiture durant mon enfance.
Ce sentiment de nostalgie me suit jusqu’à notre voiture après le repas. Sur la route vers notre hôtel, en passant devant des stands agricoles et des champs à la terre rouge, la station de radio locale enchaîne les tubes de rock doux canadiens des années 1990, de Bryan Adams à Sarah McLachlan.
Bien que je sois ici dans le cadre d’un voyage professionnel pour découvrir l’île avec trois autres écrivains, et munie d’une liste d’activités recommandées par Tourism PEI, nous profitons de notre temps en toute liberté pour organiser nos journées selon nos envies.
Ce faisant, ce rythme de vacances décontracté me rappelle ceux de mon enfance. Nos matinées commencent tard, et nous prenons notre temps pour dévorer des rolls au homard au déjeuner, plutôt que de nous hâter vers la prochaine étape du programme. Nous commandons des re-commander des huîtres, et nous nous arrêtons en voiture dans des boutiques de souvenirs kitsch ou pour admirer des panoramas inattendus de la côte.
Un après-midi dans le centre-ville de Charlottetown, je feuillette de nouvelles parutions chez Bookmark, sur Kent Street, puis je vais explorer les rayons bondés de Bookman, la plus ancienne librairie d’occasion de l’Île-du-Prince-Édouard.
Plus tard, je me rends au bord de l’eau avec une glace qui fond rapidement, la Gooey Mooey, parfum caramel brûlé de Cows, société née sur l’île en 1983, qui fabrique de la crème glacée selon une vieille recette familiale. Alors que le ciel vire au rose, j’observe des bateaux naviguer dans le port et des familles flânant sur la promenade.
À Georgetown, une activité que l’on m’a recommandée m’introduit à une autre manière de ralentir le rythme. Nous rejoignons Tranquility Cove Adventures pour une excursion en bateau dans la baie de Cardigan, qui commence par la pêche au maquereau. N’ayant jamais pêché auparavant, le capitaine Perry Gotell, propriétaire de l’entreprise, m’apprend comment lancer ma ligne et la remonter. Après quelques essais, je comprends tout le charme de cette activité. Il y a quelque chose de relaxant dans cette routine régulière de lancer, de rembobiner et d’attendre.
Plus d’une heure plus tard, l’équipage file les maquereaux que nous avons pêchés, puis les grille. Nous dégustons le poisson légèrement brûlé, servi sur des assiettes en papier, tandis que Gotell jette les restes par-dessus bord, où des mouettes plongeant en piqué se précipitent pour s’en saisir.
Au matin de notre dernier jour au Blackbush Beach Resort, à Grand Tracadie, je décide de laisser mon téléphone dans la chambre pour suivre le chemin de la promenade jusqu’à la plage. De l’autre côté de la baie de Tracadie, les hautes dunes de Blackbush Island s’étendent tout au long du rivage. Privée de mon téléphone, je prête une attention plus fine à la façon dont les vagues caressent le sable, et la manière dont la vue sur les dunes change à chaque pas.
Lorsque je tourne les talons pour retourner à l’hôtel, je retrouve cette sensation familière de mes vacances d’autrefois : le plaisir d’avoir du temps libre, sans rien qui exige mon attention, et cette impression que même une heure imprévue a sa valeur.
Jessica Huras a voyagé en tant qu’invitée de Tourism PEI, qui n’a pas examiné ni approuvé cet article.




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