Voyage

Expérience authentique en Norvège : croisière sur la compagnie maritime la plus historique, entre paysages spectaculaires et cocktail au fromage brun



Presque rien ne pousse à Longyearbyen

Située dans l’archipel glaciaire de Svalbard, une ancienne ville minière de charbon en Arctique, Longyearbyen est à mi-chemin entre l’atelier du Père Noël et la Norvège continentale. La nuit y règne presque sans interruption de la mi-novembre à la fin janvier, ce qui en fait un lieu idéal pour admirer les aurores boréales, mais peu propice à l’agriculture. La présence du permafrost complique encore davantage la chose. Seules environ 2 400 personnes, résilientes et habituées au climat rigoureux, y résident.

C’est la dernière endroit où l’on pourrait s’attendre à découvrir un menu dégustation élaboré de 14 plats mettant en avant des ingrédients locaux. Pourtant, un soir de septembre, dans un bâtiment en briques, vieux de 74 ans, surnommé « la Vieille Dame » — entouré de montagnes austères recouvertes de neige — j’arrive au Huset, le restaurant de gastronomie fine le plus septentrional au monde.

« Nous essayons de faire découvrir la Norvège, » explique le chef Alberto Lozano en détaillant ses saveurs saisonnières, puisées à Svalbard, qu’il se plaît à recueillir, fermenter ou chasser localement. On y sert par exemple de la charcuterie de renne présente sur des cornes d’antler, ou encore un filet de renne glacé à la cerise, délicatement dressé. « Il faut que vous ayez la sensation d’être dans l’Arctique en dégustant chaque plat. » Ce menu constitue une introduction parfaite à un voyage qui promet une véritable immersion dans la culture norvégienne.

Une aventure au-delà du cercle polaire

Je suis venu à Longyearbyen pour embarquer à bord du Hurtigruten, à bord du M.S. Trollfjord, afin d’explorer la côte spectaculaire, allant des petites colonies du Haut-Arctique aux nombreux fjords. Le bateau, connu pour ses expéditions dans ces régions reculées, est aussi géré par ce même service, ce qui confère à cette croisière une authenticité certifiée par une mention officielle « Made in Norway » délivrée par le gouvernement norvégien.

De Longyearbyen à Ny-Alesund : à la rencontre du bout du monde

Notre premier arrêt depuis Longyearbyen nous mène à Ny-Alesund, la station la plus septentrionale de la planète. Ce n’est pas une destination touristique courante ; il s’agit principalement d’un site de recherche, abritant une quarantaine de résidents permanents, principalement des scientifiques qui étudient la glaciologie et le changement climatique.

Mais c’est une expérience rare de poser le pied ici, avec toute la précaution nécessaire — non pas sur la toundra fragile, mais en respectant son environnement. C’est aussi là que l’explorateur pionnier Roald Amundsen a lancé sa première expédition vers le Pôle Nord. Nous envoyons des cartes postales avec un cachet unique, celui du bureau de poste le plus au nord du monde, et prenons la pose à côté du panneau d’avertissement contre les ours polaires.

Une histoire de ravitaillement maritime

Il semble que, principalement, notre navire soit venu à Ny-Alesund pour y livrer des marchandises essentielles à la communauté. Ceci fait partie des origines de Hurtigruten, qui remonte à la fin des années 1800, bien avant que la croisière de luxe ne devienne une industrie florissante.

À l’époque, il n’y avait pas de moyens rapides pour voyager entre les ports isolés de Norvège. « La vie était très dure dans le Nord, » explique Peter Koennicke, guide au musée Hurtigrutemuseet à Stokmarknes, qui témoigne de cette époque. « Les communications entre îles étaient rares, généralement par de petits bateaux de pêche ou par des voiliers. »

Ces quelques navires n’assuraient pas de navigation nocturne ou toute l’année, notamment parce que la nuit polaire, l’absence de phares suffisants et les eaux agitées empêchaient tout simplement la navigation à ces périodes. Pour pallier cette situation, le gouvernement norvégien a lancé un appel aux compagnies maritimes pour trouver une solution durable, une nouvelle ligne de transport fiable. La réponse fut Hurtigruten, lancée en 1893, initialement pour la traversée côtière, assurant le déplacement de passagers et de colis le long des fjords.

Depuis, cette ligne de croisière a façonné l’histoire nationale. Avec un accord officiel avec le gouvernement, elle continue aujourd’hui à transporter des marchandises vers la majorité des ports de la côte, tout en offrant des voyages à travers certains des paysages les plus spectaculaires de Norvège. L’histoire de Hurtigruten la place parmi les institutions du pays, quoique moins connue en Amérique du Nord.

Le musée Hurtigrutemuseet : un voyage dans le passé

Ce musée, situé au bord du port, raconte cette épopée maritime tout en exposant un navire vintage datant de 1956, le M.S. Finnmarken, ainsi que deux salons rétro sauvés d’un vapeur de 1912. En déambulant dans ses salles, je ressens la sensation d’avoir voyagé dans le temps, en imaginant les premiers passagers dormir dans des couchettes étroites à bord de ces navires primitifs.

Bien que l’expérience actuelle soit bien plus confortable, elle n’est pas encore dans le luxe extrême. Récemment, la compagnie a modernisé ses parcours pour attirer davantage de touristes internationaux, en lançant en 2023 un concept amélioré baptisé Signature Voyages. Au lieu de visiter environ six ports par jour (comme c’était le cas précédemment), ces nouveaux itinéraires font une étape dans un ou deux ports, laissant suffisamment de temps pour une excursion au sol.

Les plaisirs locaux résident dans l’authenticité, notamment dans la cuisine et les boissons à bord. Les restaurants locaux sélectionnent leurs ingrédients auprès de fournisseurs régionaux pour garantir une fraîcheur maximale. Lors d’un dîner au Rost, un restaurant gastronomique, je scanne un QR code sous un crabe royal délicieux, qui me révèle précisément l’endroit où il a été pêché et par quel pêcheur. Pour finir la soirée, au bar 1893, je savoure un cocktail sucré à base de brunost caramélisé — le fromage national norvégien — et de liqueur de café. Le goût est particulier, mais il vaut le coup d’être essayé.

Chaque jour, la nature offre des paysages spectaculaires et souvent difficiles d’accès. Sur l’île de Senja, surnommée « la Norvège en miniature » en raison de sa diversité de paysages, nous débarquons à Torsken, puis enfourchons des vélos électriques pour une visite guidée. La puissance assistée facilite les montées ardues et nous permet d’atteindre un point de vue au sommet d’une colline, surplombant Gryllefjord, où le coucher de soleil inonde de doré les montagnes escarpées qui encadrent un fjord paisible.

Le lendemain après-midi, notre exploration nous mène dans l’archipel des Lofoten, avec une excursion en bus jusqu’à Henningsvaer, un charmant village de pêcheurs. Nous déambulons parmi les rorbuers colorés (les cabanes en bois traditionnelles), visitons des galeries d’art modernes et des cafés branchés.

L’attraction principale : la nature intacte

Ce qui séduit avant tout lors de ce voyage, c’est le paysage. Le navire n’offre pas de spectacles spectaculaires ou de divertissements luxueux à bord. Il n’y a ni théâtre, ni casino, ni discothèque. La véritable attraction, c’est la vue depuis le pont panoramique, où l’on peut admirer sans interruption la côte sauvage défilant lentement à l’horizon.

Je repense à une anecdote apprise au musée de Stokmarknes. En 2011, une émission télévisée diffusait en direct des images d’un voyage Hurtigruten, offrant une plongée minute par minute sur la côte norvégienne. La diffusion a duré plus de cinq jours ininterrompus, captivant 2,6 millions de téléspectateurs.

Il apparaît clairement que la beauté brute de la Norvège est fascinante, même lorsque l’on ne fait que la contempler passer doucement devant soi. Après avoir navigué dans ces eaux, je comprends parfaitement pourquoi.

L’auteur a voyagé en tant qu’invité de Hurtigruten, qui n’a pas examiné ni approuvé cet article.

Laurence Gauthier

Laurence Gauthier

Je m'appelle Laurence Gauthier, rédactrice au sein de Montréal Express. Curieuse du monde qui m'entoure, j’écris sur les enjeux sociaux, l’environnement et la vie citoyenne au Canada. Mon objectif : offrir une information accessible, engagée et ancrée dans le réel.