Une guerre prolongée au Moyen-Orient et ses répercussions économiques pour le Canada
Depuis plusieurs semaines, la guerre au Moyen-Orient semble s’éterniser — peut-être même durer plusieurs mois — et cette situation inquiète de nombreux économistes quant à ses conséquences pour l’économie canadienne. Selon eux, les Canadiens risquent fort de réduire leurs dépenses dans une multitude de domaines, allant de la sortie au restaurant et l’achat de vêtements jusqu’à l’acquisition de meubles neufs.
Depuis l’attaque des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, survenue le 28 février, les prix du pétrole et du gaz ont connu une hausse spectaculaire à l’échelle mondiale. Pour les conducteurs canadiens, cela se traduit immédiatement par une baisse du revenu disponible, explique Douglas Porter, économiste en chef chez BMO.
« La montée des prix de l’essence constitue en réalité une taxe supplémentaire pour les consommateurs », indique Porter. « Ils ne peuvent tout simplement pas modifier leur manière de conduire, donc cette dépense supplémentaire doit soit sortir des économies, soit être prélevée sur leur budget pour d’autres dépenses. »
Porter précise que cette montée des prix est accentuée par l’approche inquiète liée aux tarifs douaniers imposés par le président américain Donald Trump, ce qui incite de nombreux Canadiens à resserrer leur budget.
« Quand les gens craignent pour l’économie, ils réduisent leurs dépenses en divertissement et en restauration. L’habillement est une autre priorité qu’ils tendent à sacrifier », explique l’économiste. « Ils pensent : “Je vais garder ce manteau une saison de plus.” »
Même si cette tension internationale pèse sur le moral des citoyens, le boom des prix du pétrole profite aux sociétés énergétiques et à l’économie albertaine — notamment en contribuant à réduire leur déficit provincial — la majorité du pays ne bénéficie pas de ces avantages, déplore Porter.
Globalement, il anticipe qu’une brève période pourrait voir une croissance économique canadienne légèrement augmenter, grâce à l’augmentation des revenus liés aux ventes de pétrole et à la reconstruction en Alberta. Cependant, si les prix de l’essence restent élevés sur une période prolongée, la majorité des autres régions souffriront des effets négatifs.
« Si cette hausse est modérée, elle pourrait équilibrer ses effets. Mais si elle se révèle importante, cela deviendra un frein pour l’économie », avertit Porter. « Le vrai problème, c’est qu’on aborde cette situation dans un contexte déjà fragile. Je serais très préoccupé si le prix du pétrole devait rester élevé pendant un ou deux trimestres. »
Même si, à l’avenir, la violence au Moyen-Orient venait à cesser et que le détroit d’Hormuz rouvrirait ses voies maritimes, le prix du pétrole pourrait continuer à rester bien supérieur à ses niveaux d’avant la guerre, préviennent Pedro Antunes, économiste en chef chez Signal 49 Research.
Le risque que l’économie canadienne sombre en récession
« Il y aura une prime de risque », affirme Antunes. « Je ne dis pas que les prix du baril resteront à 80 ou 100 dollars, mais il est peu probable qu’ils redescendent rapidement à 58 dollars, non plus. »
Il souligne que si cette situation perdure durant plusieurs trimestres, cela pourrait déclencher une récession économique pour le Canada, dont la croissance est déjà relativement morose.
« Nous avons déjà connu quelques trimestres de croissance négative, de manière intermittente. Et lorsque la croissance n’est pas soutenue, il ne faut pas grand-chose pour qu’elle devienne négative », explique l’économiste. « C’est un timing suboptimale pour une telle crise. »
Le secteur de l’hôtellerie, déjà fragilisé par la pandémie de COVID-19, ressentira particulièrement cette nouvelle baisse de la consommation. Pour lui, cette guerre représente une étape supplémentaire dans une crise déjà profonde—
« Nous sommes toujours impactés. Malheureusement, nous sommes souvent la première dépense que les consommateurs doivent réduire », indique Kelly Higginson, PDG de Restaurants Canada, qui sert de porte-voix à l’industrie alimentaire.
Elle précise que cette situation est un double coup dur pour la restauration, avec une réduction simultanée des dépenses des consommateurs et une augmentation du coût des approvisionnements, y compris ceux liés à l’alimentation.
« Ce secteur a connu un changement radical », indique Higginson. « Actuellement, 44 % des restaurants canadiens fonctionnent à perte ou avec de faibles marges. Les marges bénéficiaires ont été sérieusement érodées. »
Ce contexte pourrait également nuire à l’agriculture, puisque près de la moitié des ventes agricoles canadiennes est réalisée par les restaurants, dénonce-t-elle.
Pour tous les secteurs de l’économie, l’incertitude accrue est la dernière chose dont le pays aurait besoin, ajoute Matthew Holmes, chef de la politique publique à la Chambre de commerce du Canada.
« On parle de la polycrise ou de la permacrise »
Après la pandémie, l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ainsi que la guerre commerciale déclenchée par les tarifs douaniers de Trump, les entreprises ont déjà survécu à de nombreux épisodes de chaos.
« On entend parler de la polycrise ou de la permacrise, et c’est ce que cette situation commence à ressembler », affirme Holmes. « L’imprévisibilité et l’incertitude qui en découlent sont tout simplement toxiques. Elles rendent la planification presque impossible. »
Il ajoute que cette incertitude est vouée à durer pour un avenir proche.
« Ce que nous savons pour le moment, c’est que les chaînes d’approvisionnement deviennent de plus en plus instables. Il faut s’attendre à cela, que ce soit cette crise ou une autre. »




