Voyager en famille ressemble à un saut en parachute. Dès que l’on prend en compte les coûts, les dangers, la nervosité et la préparation nécessaire, on peut se demander si ces instants courts mais intenses de bonheur en valent vraiment la peine. Pourtant, malgré l’épuisement, nous voilà, parents exténués, en train de finir une pizza coûteuse que nos enfants ont commandée mais qu’ils n’ont pas finie, toujours aussi déterminés que jamais à leur faire découvrir le monde.
Ma fille a déjà visité 13 pays répartis sur six continents. Au fil de ses aventures, elle a fait du rafting en rivière au Costa Rica, exploré des tombeaux souterrains en Égypte, plongé dans la barrière de corail du Belize, chassé des kangourous sauvages en Australie, fait du parapente en Suisse, conduit un buggy dans le désert au Mexique, parcouru le chemin de l’Inca au Pérou, navigué à Tahiti, escaladé le Vésuve en Italie et visité huit provinces canadiennes. Tout cela peut sembler totalement fou puisque ma fille n’a que 12 ans, et ne commençons même pas à parler de son frère cadet, âgé de seulement neuf ans. À leur âge, je n’avais même pas encore mis les pieds dans un avion.
Un des grands avantages de ma carrière d’écrivain voyageur, c’est la possibilité d’emmener souvent mes enfants sur la route, où je rencontre fréquemment des familles en aventure, qu’elles soient de courte ou de longue durée. Comme moi, beaucoup de parents refusent que l’école ne constitue un obstacle à l’éducation de leurs enfants. De nombreux enseignants partagent cette vision, comprenant que voyager est une leçon pratique d’histoire, de géographie, de langues, d’art, de politique, d’économie et de gastronomie. Mais il reste difficile d’assurer que tout cela s’imprime réellement dans la tête des enfants.
Les voyages en famille promettent le développement d’enfants cultivés, indépendants et ouverts d’esprit, plutôt que des enfants qui comptent chaque minute avant de pouvoir regarder YouTube. Parfois, cette promesse se réalise, et d’autres fois, le seul souvenir marquant du Vietnam pour eux sera… une glace.
Une croissance personnelle sur la route
Pourtant, grandir en voyageant a façonné l’identité de mes enfants de différentes manières. Ma fille est devenue une adolescente audacieuse, sociale et curieuse. Elle pose des questions, dialogue avec les locaux et apprécie les responsabilités, comme commander ses repas. Mon fils, plus prudent que sa sœur, aime explorer de nouveaux hôtels, en notant la qualité des chambres et les services, à l’image de son père.
J’adapte chaque voyage aux forces et aux intérêts de chacun : aventures en plein air pour la fille, culture urbaine pour le garçon. Mais c’est lorsqu’ils sortent simplement un peu de leur zone de confort que la magie opère. Pour ma fille, cela a été de relever un défi physique, comme marcher sur le chemin des Dieux en Italie, un sentier rocheux souvent escarpé qui lui a offert une vue imprenable sur la côte amalfitaine. Pour mon fils, il a suffi qu’il surmonte sa peur de faire de la plongée en apnée ou de monter à cheval pour découvrir combien ces expériences pouvaient être amusantes.
Les bénéfices visibles de la confiance et de l’autonomie
En conséquence, j’ai vu leur confiance en eux et leur autonomie grandir en temps réel. Malgré les longs vols, les crises de nerfs tard dans la nuit, la nourriture gaspillée à cause de l’ennui ou les batailles de temps d’écran, lorsque ces moments où tout devient clair arrivent, ils sont inestimables. Étant donné le coût croissant des voyages, il est précieux d’avoir la chance de vivre ces expériences.
Je pourrais écrire un livre de conseils pour voyager en famille. Par exemple : inscrivez vos enfants à des circuits culinaires locaux ou à des ateliers de cuisine. D’un cours d’ostréiculture sur l’Île-du-Prince-Édouard à une visite de la street food à Cusco, j’ai vu mes enfants se détourner peu à peu de leur régime universel de nuggets de poulet et de pizza. Ces activités culinaires permettent de découvrir la destination de façon ludique et accessible, et, pour les enfants difficiles, elles constituent une légère pression amicale pour qu’ils essayent au moins de nouveaux aliments.
Ne laissez pas le jugement des autres fragiliser votre formidable attitude de parent. Lors d’un vol interminable de 16 heures vers l’Australie avec deux enfants de moins de cinq ans, j’ai compris à quel point il est facile de critiquer les parents en avion, jusqu’à ce que ce bébé qui pleure devienne le vôtre. Les écrans offrent une pause, que ce soit dans l’avion ou dans un restaurant coûteux, mais pour les plus jeunes, ils doivent être un stimulant, pas un droit acquis. Ranger l’écran et vivre l’instant présent est plus inspirant pour les enfants plus grands lorsque nous, en tant que parents, faisons de même.
Il faut aussi garder à l’esprit que ces familles de rêve que vous suivez sur les réseaux sociaux ne partagent que deux pour cent de leur véritable parcours. Cris, problèmes de sommeil, estomac douloureux, roulades d’yeux… Je peux vous assurer que les parents influenceurs vivent aussi ces difficultés, car je suis l’un d’entre eux. Prenez donc les réseaux sociaux avec des pincettes, surtout quand la nuit vient et que vous avez besoin de sel pour le tequila après que les enfants soient enfin endormis.
Le voyage a toujours été bien plus qu’un simple séjour. Il façonne ce que nous savons, ceux que nous rencontrons et même qui nous pouvons devenir. La porte de l’avion est grande ouverte, le parachute est prêt. Prenez la main de vos enfants et, surtout, lancez-vous.
Robin Esrock est l’auteur de “The Great Canadian Bucket List.”





