Lieu emblématique du tourisme en Ontario, Niagara Falls incarne à lui seul la diversité des attractions de la région. De l’ambiance kitsch de Clifton Hill, avec ses attractions touristiques souvent considérées comme un peu frivoles, à la splendeur impressionnante des chutes et aux vignobles pittoresques qui entourent la ville, cette destination a toujours su attirer un large public. La région bénéficie également d’une importance économique considérable, puisque plus de 40 000 personnes dépendent directement ou indirectement du secteur touristique pour vivre. Pourtant, dans ce contexte, le maire de Niagara Falls, Jim Diodati, ne compte pas laisser de côté l’impact de la politique américaine dans cette équation, et ce, encore une fois.
Une région déjà fragilisée par la pandémie et confrontée à une nouvelle crise migratoire
Niagara Falls a à peine réussi à se remettre des sévères conséquences de la pandémie de COVID-19 il y a deux ans qu’elle a dû faire face à une nouvelle crise : une arrivée massive de plus de 5 000 demandeurs d’asile venant des États-Unis. Ces personnes ont été logées dans des hôtels de la ville, situation que le maire a récemment dénoncée afin d’attirer l’attention du gouvernement fédéral, qui finance ces hébergements. Jim Diodati exprime ses inquiétudes quant à l’avenir en déclarant : « Mon souci concerne environ 11 millions de personnes, paraît-il, considérées comme des ‘illégaux’ vivant aux États-Unis. Si le président Trump décide de couper dans les allocations ou éventuellement de durcir les mesures, nous savons où la majorité d’entre eux pourraient se diriger. » En évoquant la politique migratoire de Donald Trump, il poursuit : « Lorsque cela se produit, ils y ont généralement recours pour rejoindre la frontière canadienne. Et je ne vois pas comment nous pourrions gérer un afflux massif de ce genre. »
Ce dernier souligne que cette crise de 2023 commence à avoir des répercussions désagréables sur la communauté locale, impactant notamment les écoles et les entreprises liées au secteur touristique. « Ce n’est pas tenable pour une seule petite ville de gérer un tel volume », ajoute-t-il. La peur d’un nouveau bouleversement dans la politique migratoire américaine alimente donc une incertitude qui pourrait, selon lui, perturber gravement le tourisme dans toute la province.
Une incertitude qui plane sur l’avenir touristique de l’Ontario
Ce climat d’incertitude n’est pas sans conséquence sur le secteur touristique, déjà fragile à la sortie de la crise sanitaire. Avant l’élection américaine de novembre, l’industrie touristique de l’Ontario semblait sur la voie de la relance, avec pour objectif de redevenir compétitive. Andrew Siegwart, président et chef de la direction de l’Association du tourisme de l’Ontario, explique que le secteur était proche d’une reprise complète. Les visites depuis les États-Unis vers la province en 2024 restaient encore inférieures aux chiffres de 2019, mais les prévisions indiquaient une croissance de 8,4 % en 2025, avec la possibilité même de dépasser les niveaux d’avant la pandémie, notamment en raison de la baisse du dollar canadien face au dollar américain.
Cependant, le rythme régulier des politiques protectionnistes adoptées par la Maison-Blanche rend difficile toute prévision précise pour l’avenir. « C’est comme une campagne de décisions perturbatrices venant du sud de la frontière », déplore Siegwart. Il évoque notamment la récente proposition de Trump d’imposer une taxe de 100 % sur tous les films produits hors des États-Unis et diffusés dans ce pays, une initiative qu’il justifie par la volonté de raviver Hollywood, selon ses propres propos.
Ce type de mesures, si elles étaient appliquées, pourrait avoir des conséquences importantes sur l’économie de plusieurs marchés provinciaux qui dépendent des tournages, des séjours et des dépenses liées à l’industrie cinématographique. Siegwart souligne que les entreprises du secteur cherchent avant tout à obtenir une marge de stabilité, afin de planifier leurs investissements, leur développement et leurs embauches en toute confiance. « En attendant, elles vont rester prudentes », explique-t-il.
Cette incertitude ne se limite pas à l’industrie du divertissement, elle influence également la confiance des consommateurs dans le secteur du voyage, notamment parce que le nombre de visiteurs étrangers dans la région de l’Ontario demeure inférieur à celui observé avant la pandémie. Par ailleurs, la politique protectionniste de Trump semble aussi avoir un impact négatif sur le voyage d’affaires vers le Canada. Certains congrès internationaux organisés par des entreprises américaines en Colombie-Britannique ont été annulés, invoquant les risques politiques liés à la tenue d’événements hors des États-Unis.
Selon Siegwart, ces annulations pourraient avoir de vastes répercussions pour le Canada, où les congrès représentent près de 40 % des dépenses totales du tourisme, un secteur qui a encore du mal à retrouver son dynamisme post-pandémie.
Néanmoins, cette période de turbulence pourrait aussi représenter une opportunité pour le Canada de se positionner comme un territoire d’accueil accueillant, surtout pour attirer les touristes américains ou des conférences internationales. Certains acteurs du secteur évoquent déjà des campagnes visant à inciter les Américains à choisir l’Ontario, en jouant notamment sur la faiblesse du dollar comme incitatif, ainsi que sur d’autres mesures incitatives.
« Notre devise, c’est d’être, en même temps, prêts à accueillir avec le sourire », résume Siegwart, qui voit dans cette période de transition une occasion de renforcer la réputation du pays comme destination ouverte et hospitalière.
Un futur stratégique pour le secteur touristique de l’Ontario
L’Association du tourisme de l’Ontario prévoit prochainement de dévoiler un nouveau plan stratégique qui n’avait pas été élaboré depuis 2016. Ce document pourrait constituer une nouvelle étape encourageante pour le développement du secteur, en permettant d’établir des orientations claires pour les années à venir.
De son côté, à Toronto, Andrew Weir, président et chef de la direction de Destination Toronto, affirme que jusqu’à présent, les effets des politiques de Trump ne se font pas encore sentir de manière significative. Les réservations pour des réunions et conférences américaines sont solides, et la fréquentation des hôtels dépasse celle des années précédentes. Il pense cependant que certains organisateurs de rencontres pourraient, dans un futur proche, hésiter à voyager aux États-Unis. Néanmoins, il insiste sur le fait que cette période d’incertitude représente aussi une occasion d’attirer plus de tourisme d’affaires au Canada.
Pour ce qui concerne Niagara Falls, la réalité est que le nombre de demandeurs d’asile internationaux y est en forte diminution. Selon le Conseil canadien pour les réfugiés, la majorité des personnes qui cherchaient refuge dans la région ont été refoulées aux frontières, ce qui a permis de réduire le nombre d’hébergements dans les hôtels de la ville, passant de plus de 5 000 à seulement 1 500. Pourtant, la préoccupation principale reste le chiffre d’affaires dans le secteur touristique, qui génère plus de deux milliards de dollars chaque année.
Janice Thomson, présidente et directrice générale de Niagara Falls Tourism, déclare que depuis la crise sanitaire, l’industrie a connu une relance encourageante, avec des perspectives positives pour l’été à venir. Cependant, elle souligne également que la méfiance demeure chez certains touristes américains, qui hésitent à venir en raison de l’incertitude liée aux frontières canadiennes.
« En général, la réponse est plutôt rassurante : on nous dit que l’accueil est chaleureux, que la frontière est ouverte et que notre message, qui met en avant l’hospitalité, est bien reçu. » affirme-t-elle. « Ce discours positif commence à porter ses fruits auprès des Américains, ce qui nous donne confiance pour la saison à venir. »





