Voyage

Les États-Unis risquent de perdre 12,5 milliards de dollars en dépenses des visiteurs internationaux face à la montée des tensions mondiales

Ce n’est pas seulement une préoccupation pour les Canadiens — les voyageurs du monde entier reconsidèrent de plus en plus leur intention de visiter les États-Unis, alors que les discours et les politiques de l’administration Trump, axés sur le slogan « America First » (l’Amérique d’abord), suscitent une inquiétude globale. Cette atmosphère de méfiance et d’incertitude est en train de modifier profondément les flux touristiques vers le pays.

Selon de nouvelles données publiées par le Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC), on prévoit une chute de 12,5 milliards de dollars américains dans les dépenses des visiteurs internationaux aux États-Unis d’ici à la fin de 2025. Le montant total des dépenses se situerait ainsi à 169 milliards de dollars, contre 181 milliards l’année précédente. Cette baisse représente une diminution d’environ 7 % par rapport à 2024, et une chute de 22 % en comparaison avec le sommet de l’industrie touristique américaine en 2019, année précédant la pandémie.

Les États-Unis, qui disposent du plus grand secteur du voyage et du tourisme au monde, se singularisent parmi 184 économies analysées par le WTTC et Oxford Economics, en étant le seul pays à observer une baisse projetée de la dépense des touristes internationaux cette année.

Ce constat a été qualifié de « signal d’alarme » par Julia Simpson, la présidente-directrice générale du WTTC. Elle a souligné à quel point cette situation était alarmante pour l’économie touristique américaine, estimant que l’industrie capitalistique du voyage se dirigeait vers une tendance « erronée ». « Alors que d’autres nations accueillent chaleureusement leurs visiteurs, le gouvernement américain semble, lui, ériger une barrière en affichant complet », a-t-elle déclaré dans un communiqué publié mercredi.

En effet, alors que Donald Trump répète son ambition de faire de la Canada le « 51ème État », en ciblant un pays qui a été autrefois l’allié le plus proche des États-Unis, la politique américaine devient de plus en plus restrictive. La multiplication des tarifs douaniers et des mesures anti-immigration, telles que l’arrestation de touristes européens à la frontière ou l’introduction de nouvelles règles exigeant l’enregistrement des étrangers restant plus de 30 jours, dissuadent fortement le tourisme international vers la grande nation américaine.

« La baisse n’est pas attribuable à une crise économique générale », expliquait Frédéric Dimanche, directeur de la Ted Rogers School of Hospitality and Tourism Management à l’Université métropolitaine de Toronto. « C’est surtout une question d’attitudes vis-à-vis des États-Unis et de Trump, que ce soit en raison des politiques, des enjeux sécuritaires ou de l’image que leur renvoie la situation actuelle. Les voyageurs sont préoccupés, voire réticents. »

Les données de mars du Département du commerce américain confirment cette tendance pessimiste, avec une chute marquée en provenance de plusieurs marchés clés. Par exemple, les arrivées du Royaume-Uni ont diminué de 15 % par rapport à 2024, celles d’Allemagne ont reculé de 28 %, et celles de Corée du Sud ont chuté de près de 15 %. D’autres pays, tels que l’Espagne, la Colombie, l’Irlande ou la République Dominicaine, ont vu leurs flux diminuer de 24 à 33 %.

Selon Lorraine Simpson, experte en voyages télévisés, cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large : « Les voyageurs d’Europe, d’Australie, et même ceux des États-Unis, opèrent désormais des changements de destinations. Et ce n’est pas uniquement une question de coût ou de politique ; c’est avant tout une question de ressenti lorsqu’on voyage : se sentir en sécurité, accueilli, et inspiré. »

Francine Cochrane, co-propriétaire de Playcation Travel – une agence spécialisée dans les séjours à thème et en parcs d’attractions au Canada – constate également cette évolution. « Nos ventes aux États-Unis sont moins importantes qu’avant, mais les gens optent simplement pour d’autres destinations », indique-t-elle. Elle explique que ses clients, tout comme elle, restent généralement insensibles aux récents discours ou aux éléments négatifs relayés en ligne, n’ayant eu, d’après elle, aucun mauvais vécu lors de leurs déplacements ou de leur passage à la frontière américaine récemment.

« Nos ventes aux USA ont diminué par rapport à l’année dernière, mais les voyageurs choisissent simplement d’autres lieux », répète-t-elle.

Les conséquences d’une telle réduction du tourisme international vers les États-Unis pourraient perdurer. Selon le WTTC, il faudra attendre au moins jusqu’en 2030 pour que le secteur du voyage, évalué à près de 2,6 billions de dollars, retrouve ses niveaux d’avant la pandémie de COVID-19.

Frédéric Dimanche estime que la perception que le public a de l’administration Trump ne changera pas rapidement. « Il en faudra plusieurs années pour que l’industrie touristique retrouve la confiance des voyageurs » explique-t-il. Il rappelle que la reprise post-pandémie a été difficile, nécessitant environ cinq années pour atteindre un niveau comparable à celui d’avant le COVID-19.

Cependant, il voit aussi dans cette période une opportunité pour le Canada et d’autres destinations alternatives. Selon lui, plusieurs compagnies aériennes internationales, qu’elles proviennent du Mexique ou de l’Europe, pourraient réorienter leurs routes vers des destinations en demande, dans un contexte où l’intérêt pour les voyages aux États-Unis diminue.

« Même si cette baisse du tourisme américain suscite des inquiétudes, elle ouvre une porte pour le Canada et d’autres pays capables d’attirer de nouveaux touristes », souligne Simpson. « Mais cela ne pourra se concrétiser que si nous réussissons à faire en sorte que les voyageurs se sentent réellement bienvenus, en sécurité, et qu’ils retrouvent cette curiosité et cette motivation qu’ils avaient auparavant. »

Laurence Gauthier

Laurence Gauthier

Je m'appelle Laurence Gauthier, rédactrice au sein de Montréal Express. Curieuse du monde qui m'entoure, j’écris sur les enjeux sociaux, l’environnement et la vie citoyenne au Canada. Mon objectif : offrir une information accessible, engagée et ancrée dans le réel.