Une scène qui a mis Monet dans le désespoir
Claude Monet aurait été accablé par le spectacle qui se tient devant moi. Selon ses propres dires, il aurait écrit : « J’ai peur en regardant mes peintures. Elles sont si sombres. » (Ma traduction de l’indication ici.) Pourtant, ce que je perçois, c’est un ciel d’un bleu limpide et un soleil brillant. Rien ne semble indiquer la teinte sombre que Monet aurait pu décrire, et pourtant son regard semblait bien différent du mien à cet instant.
Un lieu au cœur de la Creuse, un territoire presque oublié
Je me trouve à la confluence des rivières Creuse et Petite Creuse, dans le département de la Creuse, une région de France si reculée dans ses terres qu’on la qualifie souvent de diagonale du vide (vide en diagonale). C’est un espace rural à peine habité, où la fréquentation touristique reste marginale. La nature y règne en maître, et les seules voix que je perçois sont le murmure de l’eau et le chant des oiseaux. Depuis que j’ai quitté le village de Fresselines, empruntant le sentier balisé « Dans les Pas de Monet », un circuit pédestre de 3,2 kilomètres retraçant les lieux qu’il a immortalisés sur la toile, je n’ai croisé aucune autre vie humaine, hormis quelques vaches Charolaises, d’un blanc cassé, paissant tranquillement dans un pré.
Une idyllique campagne au cœur de la Creuse
C’est précisément cette campagne paisible que Monet recherchait à son arrivée dans la Creuse, début 1889, pour rendre visite au poète et résident local Maurice Rollinat. Lors d’un second voyage dans la même année, Monet a réalisé 23 œuvres en deux mois et demi, en vue d’une exposition à Paris cet été-là, organisée en parallèle avec le sculpteur Auguste Rodin.
Les œuvres de Monet dans le monde
Aujourd’hui, les peintures de Monet réalisées dans la Creuse sont exposées dans des institutions prestigieuses telles que le Metropolitan Museum of Art à New York, le Museum of Fine Arts à Boston, et le Philadelphia Museum of Art. Parmi elles, dix proviennent du point précis où je me trouve actuellement. Connues sous le nom de « Les Eaux Semblantes », ces œuvres constituent l’une des premières séries thématiques de l’artiste, illustrant la quête constante de paysages et de jeux de lumière.
Une immersion dans la profonde campagne creusoise
Pour mieux comprendre cette région, j’ai décidé de faire un détour imprévu depuis l’A20, l’autoroute principale reliant le nord de la France à l’Espagne. Etant peu connu bien que traversant la pays, ce coin reculé me réserve des surprises. La connexion téléphonique y est très capricieuse sur les petites routes tranquilles, mes appels coupent régulièrement, me rappelant que dans ce département peu peuplé, la couverture réseau reste fragile. Guéret, la capitale, ne compte qu’un peu plus de 12 000 habitants, tandis que Fresselines, avec ses 500 résidents, possède une mairie, une église et un seul bar-restaurant.
Une étape culturelle et artistique
Le centre Espace Monet Rollinat, dédié à l’art contemporain et à l’héritage de Monet et Rollinat, attire mon regard, mais il est fermé le mardi, jour où je passe. Une pancarte indiquant le sentier « Dans les Pas de Monet » est néanmoins plantée sur le site, permettant de prendre une photo pour mémoire et de poursuivre à pied ma promenade. La première halte est celle où Monet a peint « Le pont de Vervy » (aujourd’hui exposé au Musée Marmottan à Paris), célèbre car les moulins y constituaient la seule trace humaine dans ses œuvres creusoises. En suivant le parcours, je me retrouve bientôt sur le chemin de halage, où six autres points indiquent les lieux où l’artiste s’arrêtait pour peindre le long de la rivière.
Une nature en mutation depuis Monet
Depuis l’époque où Monet peignait ici, le paysage a bien changé. Par exemple, depuis un point où il a réalisé « Village de la Roche-Blond, effet du soir » (aujourd’hui dans le Musée d’art préfectoral de Tsu, au Japon), le village perché sur la crête est désormais dissimulé derrière une végétation dense. Les moutons, qui paissaient jadis au bord de l’eau, ont disparu, et dans d’autres scènes, notamment « Les Eaux Semblantes », les rochers exposés ont été recouverts par la végétation luxuriante.
Les conditions difficiles mais changentes
Monet a dû affronter des hivers rudes, compliqués par le vent et la pluie. Peut-être le climat hivernal lui a-t-il évité la piqûre de tiques, un cauchemar pour les amateurs de chemins ruraux en France. Si j’avais mieux planifié ma journée, j’aurais apporté un spray contre ces petits nuisibles. À la place, j’en retire deux qui n’ont pas encore réussi à s’accrocher à moi, en conversant avec Jean-Luc Guillebaud, propriétaire de la chambre d’hôtes Le Nid des 2 Creuse, l’un des rares hébergements à Fresselines.
Une anecdote sur la région et l’art
Il me confie que le tourisme remonte doucement, malgré la richesse artistique que revendique le village. Des œuvres originales, comme un relief en pierre façonné par Rodin et fixé à l’extérieur de l’église, en témoignent. Rodin en a réalisé une copie, exposée aujourd’hui au Musée Rodin à Paris.
L’absence de Monet et la légende locale
Monet lui-même ne revint jamais à Fresselines après son départ en mai 1889. Il n’a jamais non plus visité Crozant, malgré son vif désir. Cependant, son approbation pour la région a incité de nombreux peintres de paysages à s’y installer. La popularité de l’endroit a donné naissance à une véritable école artistique, connue sous le nom de L’École de Crozant.
Crozant, un site chargé d’histoire et de paysages
À seulement 15 minutes en voiture de Fresselines, je rejoins Crozant, où je déjeune en terrasse près de la Creuse, à l’Hôtel du Lac – mais je tombe juste après sur un groupe de touristes français, ce qui limite un peu l’intimité du lieu. La ville est plus vivante que Fresselines. Entre avril et septembre, l’hôtel loue des kayaks, organise des croisières quotidiennes sur la rivière et même un petit train touristique. Hélas, le Musée Hôtel Lépinat, consacré à l’héritage artistique local, est fermé, ce qui constitue ma deuxième déception liée au mardi creusois.
Une promenade à la découverte des paysages d’art
Ce que je cherchais vraiment, c’est le Sentier des Peintres. Sur ses 3,7 kilomètres, des panneaux indiquent certains des tableaux peints à Crozant, offrant un regard sur la scène artistique d’autrefois. Cette boucle me donne un sentiment de proximité plus forte avec la civilisation : les maisons dans les moulins le long de la Sédelle vivent toujours, et les paysages immortalisés par des artistes comme Paul Madeline ou Francis Picabia semblent figés dans le temps.
Une forteresse mystérieuse et historique
Avant de partir, je m’arrête à la Forteresse de Crozant, l’un des vestiges les plus spectaculaires de France, encore méconnu du grand public. Ce site, qui occupe toute une péninsule s projecting dans la rivière, mesurait près de 400 mètres à son apogée médiévale, avec dix tours imposantes surveillant la vallée. La ruine dégage une aura mystique et témoigne d’un passé riche de guerres et de fortifications.
Une rencontre inattendue avec des passionnés
Je profite de l’occasion pour engager la conversation avec un trio de motards, comme on le fait souvent lorsqu’on ressent qu’on a découvert un secret peu partagé. Ils m’expliquent qu’ils viennent d’Aubusson, une autre ville du département, connue pour son musée dédié à la tapisserie, la Cité Internationale de la Tapisserie, où l’on célèbre la longue tradition locale dans cet art. Le mystère de cette région peu touristique commence à s’éclaircir dans mon esprit : je réalise qu’elle mérite bien plus de temps que ce que j’avais prévu. Avant même d’atteindre la route principale, je commence à planifier mon retour dans cette Creuse mystérieuse, riche en paysages, en histoire et en inspiration artistique.





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