Immobilier

De plus en plus de maisons en Ontario se vendent en dessous du prix affiché : la fin des enchères est-elle proche ? Est-ce le bon moment pour acheter une maison ?

Alors que les industries automobiles, de l’acier et de l’aluminium au Canada font face à la menace de pertes d’emplois dues aux tarifs douaniers imposés par les États-Unis, l’activité de mise en vente et de négociation immobilière dans plusieurs marchés résidentiels de l’Ontario est gravement impactée. La morosité du marché commence à se faire sentir, notamment dans les secteurs où l’on vend habituellement beaucoup de biens immobiliers, ce qui entraîne une diminution notable de la concurrence et des offres en hausse.

Selon de nouvelles données fournies par Wahi, un fournisseur de services d’évaluation immobilière pour le marché résidentiel canadien, il semblerait que cette année, plus d’acheteurs potentiels préfèrent attendre en marge des négociations, ce qui pourrait entraîner une baisse du nombre de guerres d’enchères dans la région du Grand Toronto ce printemps. Les acheteurs pourraient en effet faire face à moins de compétition, avec moins de courses à la surenchère pour obtenir leur bien souhaité.

Une analyse récente de Wahi révèle qu’en mars, près des deux tiers (65 pour cent) des maisons vendues dans la région du Grand Toronto se sont conclues en-dessous du prix de vente initialement affiché. Ce chiffre stagne par rapport à celui du mois de février, mais il s’élève significativement par rapport à mars 2024, où seulement 53 pour cent des ventes s’étaient réalisées en dessous du prix demandé. Cette stagnation indique clairement un marché qui commence à se désinflationner, mais aussi à modifier ses habitudes de négociation.

L’étude montre également que seulement 20 pour cent des quartiers du GTA, comprenant au moins cinq ventes, ont été le théâtre de ventes en surenchère le mois dernier. En particulier, les condominiums sont fortement susceptibles de se vendre à un prix inférieur au prix affiché, avec 75 pour cent des ventes conclues en-dessous de ce prix, comparé à 58 pour cent pour les maisons unifamiliales. La tendance reflète un marché plus modéré où l’overbidding (la course à la surenchère) devient moins fréquent.

En ce qui concerne les régions, la zone la plus faible en termes d’activité commerciale en mars fut la région de Halton, où seul un quart des maisons vendues ont réalisé une transaction au prix demandé ou au-dessus, à hauteur de 3 pour cent ou plus. Plusieurs biens, notamment dans la région du Grand Toronto, sont même remis en vente à des prix jusqu’à 400 000 dollars en dessous de leur prix initial de vente, selon une analyse récente de Zoocasa, un site web spécialisé dans l’immobilier.

Par ailleurs, une étude menée par la Cornerstone Association of Realtors, qui couvre les zones de Hamilton et Burlington, a confirmé une baisse notable des ventes la mois dernier, en raison de l’incertitude ambiante sur le marché. En mars, le nombre total de ventes s’est établi à 701 unités, ce qui constitue le plus faible résultat pour ce mois depuis 2009. Au terme du troisième trimestre, le total des ventes s’élevait à 1 854, soit une réduction de 27 pour cent par rapport à la même période l’année précédente. Hamilton, Burlington, Haldimand County et Niagara North ont toutes enregistré des baisses à deux chiffres dans leur volume de transactions, indique un rapport publié le 3 avril par Cornerstone.

Face à cette incertitude économique grandissante, de nombreux acheteurs potentiels préfèrent rester en retrait, ce qui contribue à ralentir davantage le marché et limite la compétition. Selon Benjy Katchen, président et chef de la direction de RPS-Wahi, cette prudence accrue pourrait expliquer la baisse de l’activité en immobilier.

Cependant, cette baisse de la pression concurrentielle possède aussi des aspects positifs pour ceux qui cherchent à acheter une maison cette saison. En effet, avec un marché moins frénétique, les acheteurs ont la possibilité de négocier plus sereinement, en prenant leur temps pour faire de meilleures offres ou profiter de taux d’intérêt plus favorables. La réduction du nombre d’acquéreurs en lice limite également la nécessité de participer à des guerres d’enchères.

Faut-il s’attendre à la fin des guerres d’enchères ?

Certains observateurs s’interrogent sur la possibilité que la tendance des surenchères prenne fin avec le ralentissement du marché. Dans le passé, il était courant qu’un agent immobilier sous-estime volontairement le prix d’un bien pour attirer plusieurs acheteurs et déclencher une course à la meilleure offre. Cependant, pour Benjy Katchen, cette pratique ne disparaîtra pas complètement dans un avenir proche, notamment à Toronto. Il affirme : « Je ne pense pas que nous verrons jamais disparaître ces guerres d’enchères à Toronto. C’est une partie intégrante de la culture immobilière de cette ville. » D’après lui, ces changements ne seraient qu’un “cycle” ponctuel, une pause de quelques mois, mais la tendance devrait revenir.

Selon l’analyse de Wahi, tous les cinq quartiers où l’on observe habituellement les surenchères dans le GTA étaient concentrés dans Old Toronto, dans les limites préalables à la fusion de la ville. La majorité de ces quartiers avaient une médiane de prix autour de 1,3 million de dollars, témoignant d’un marché encore actif, bien que moins frénétique qu’auparavant.

Est-ce le bon moment pour acheter une maison ?

Avec la mise en place de nouvelles règles permettant d’augmenter le plafond d’assurance pour les prêts hypothécaires jusqu’à 1,5 million de dollars (contre 1 million auparavant), et l’élargissement de l’accès aux amortissements de 30 ans pour les primo-accédants, certains acheteurs pourraient voir davantage d’opportunités cette printemps. Ces ajustements réglementaires rendent plus accessibles certains segments du marché immobilier, notamment dans des quartiers comme Davenport, Sinclair West ou Danforth Village. Ces zones, situées à proximité du centre-ville, offrent la possibilité d’accéder à une maison individuelle ou semi-individuelle dans un contexte de marché en ralentissement.

Katchen reconnaît que de nombreux observateurs recommanderaient probablement d’acheter dès maintenant, mais précise que cela dépend surtout des circonstances personnelles de chaque acheteur. Il insiste sur le fait que l’actuel ralentissement offre aussi aux acheteurs plus de temps pour étudier le marché, comparer les offres et obtenir de meilleures conditions de financement.

« Si j’étais à la recherche d’une maison, je privilégierais un endroit où je pourrais prendre mon temps pour négocier une bonne affaire et obtenir un bon prêt, plutôt que de me retrouver coincé dans une file d’attente avec 25 autres acheteurs, risquant de perdre plusieurs fois avant de finalement obtenir ce que je veux, » explique-t-il.

Cependant, Katchen reste prudent face à l’incertitude que suscite la politique nationale, notamment à l’approche de l’élection fédérale du 28 avril. Il espère que le futur Premier ministre saura négocier avec le président américain Donald Trump pour établir une relation commerciale équitable, ce qui pourrait apaiser les craintes économiques. En tout cas, selon lui : « Je pense que nous allons traverser une période instable de 60 à 90 jours. »

Alors que de nombreux résidents de l’Ontario s’inquiètent pour leur emploi, ceux qui disposent encore d’une certaine stabilité financière peuvent profiter de la baisse des prix et des taux hypothécaires favorables. Par exemple, il est aujourd’hui possible d’obtenir un prêt hypothécaire à taux fixe sur cinq ans, à un taux inférieur à 4 pour cent.

Katchen ajoute que les taux variables, notamment ceux des marges de crédit hypothécaires (home equity lines of credit), ont aussi fortement diminué, ce qui rend la conjoncture différente de celle de l’an dernier d’un point de vue des coûts d’intérêt. La situation sur le marché immobilier reste donc dynamique et complexe, influencée par des facteurs économiques, politiques et sociaux, qui continueront à évoluer dans les mois à venir.

Laurence Gauthier

Laurence Gauthier

Je m'appelle Laurence Gauthier, rédactrice au sein de Montréal Express. Curieuse du monde qui m'entoure, j’écris sur les enjeux sociaux, l’environnement et la vie citoyenne au Canada. Mon objectif : offrir une information accessible, engagée et ancrée dans le réel.